‘La « Glas » d’économie’: entretien avec Alexis Mehaignerie d’Abyss Ingrédients

Voici le premier entretien d’une nouvelle série dédié aux dirigeants d’entreprises en Bretagne. Le but ? Découvrir ce qui fait la richesse du business breton.

Merci à Alexis Mehaignerie, PDG d’Abyss Ingrédients, de m’avoir accordé un peu de son temps pour parler de New York, ce qui fait la force de la Bretagne, et sa philosophie de management.

À propos d’Abyss Ingrédients: c’est une société de biotechnologie marine, fondé en 2004, qui a développé une large gamme d’ingrédients marins destinés aux industries nutraceutiques, cosmétique, alimentaire et de l’alimentaire animal.

Claire Trévien : Donc premièrement ce que j’ai remarqué c’est que le site est en anglais et que 60 % de votre chiffre d’affaire est international donc ça, ça m’a vraiment intrigué.

Alexis Mehaignerie : Ça a toujours été comme ça. Moi je ne suis pas au départ de la création de cette entreprise, J’ai rejoint Abyss Ingrédients en 2015. C’est une question de simplicité, une question de praticité. Maintenant on pourrait faire les deux, par ce que les choses ont évolué et c’est plus pratique de faire les deux langues mais notre volonté est de communiquer aussi bien avec la France que l’international donc le site est en anglais. En plus on s’adresse qu’à des professionnels et les industriels parlent anglais, ça ne les choque pas d’avoir des documentations en anglais.

Pour faire court un tiers de notre chiffre est en France, un tiers de notre chiffre en Europe et un dernier tiers dans le reste du monde.

CT :   D’accord. Et ça comprend le Royaume-Uni là-dedans aussi ?

AM : Oui ça comprend le Royaume-Uni. Alors la question d’après c’est le Brexit, c’est ça ?

CT :  Eh oui ! Ça va avoir un impact sur votre entreprise, à votre avis ?

AM :  Il y a deux impacts : l’impact sur les matières premières parce qu’il y a des origines marines, donc il y a des poissons qui viennent des zones anglaises, et puis la deuxième chose, on fait effectivement un peu d’activité avec des clients en Angleterre et là aussi il pourrait y avoir des conséquences. Ça serait bien dommage, ne serait-ce que pour les anglais.

CT: J’ai vu que vous avez travaillé à New York. Je me demandais si vous aviez trouvé cette expérience internationale un avantage quand vous êtes retourné en France ?

AM :  Alors c’était une expérience de quatre ans, une expérience familiale, et donc c’était très intéressant professionnellement pour moi, très intéressant pour les enfants et toute la famille. Tout le monde est devenu bilingue là-dedans, donc ça c’est top, et puis c’était à New York, donc ce n’est pas l’endroit le pire pour être expatrié, bien au contraire.

Il n’y a pas eu trop de déconnection avec la France dans la mesure où j’étais envoyé par mon ancienne entreprise, donc pour un groupe français, et donc des contacts tous les jours, et des voyages en permanence entre la France et les Etats-Unis. Il y a quand même une très grande différence entre passer quelques jours, que ce soit en vacances ou que ce soit pour le business, et habiter dans un pays, en termes d’intimité, de connaissances et d’imprégnation de la culture et des différences – il n’y a pas photo, entre être expatrié et y passer… c’était top. Et les Américains, en termes de business et de service client, ils sont quand même très très forts. Et puis il y a aussi le côté très pragmatique, « marche en avant » avec les américains, avec les bons et les mauvais côtés, mais nous on avait la chance d’être dans des bonnes conditions, donc on a vu les bons côtés, et c’était une très belle expérience, tout à fait.

CT :  Comment vous décririez-vous en tant que manager aujourd’hui? Est-ce que cette définition a évolué pas mal au fil des années ?

AM : Je ne suis pas un chef, je suis plutôt un facilitateur, un lieur. C’est un petit peu comme ça que je me verrais. J’arrive à arrondir les gens, j ‘arrive à faire en sorte qu’on maximise les qualités des uns et des autres pour essayer d’avoir des résultats. Je ne suis pas très fort pour gérer les conflits, je n’aime pas trop ça donc c’est dans ce sens-là que j’arrondis les angles pour essayer de voir le côté plutôt verre a moitie plein que vers a moitie vide, et dans ce sens-là, ça le fait bien.

Je ne suis pas un chef, je suis plutôt un facilitateur, un lieur. Entretien avec Alexis Mehaignerie Cliquez pour tweeter

Est-ce que j’ai évolué au fur et à mesure des années ? Peut-être dans le sens de prendre un peu plus avec des pincettes, être un peu plus à l’écoute. Et peut-être donner moins l’impression d’être toujours sûr de moi et écouter plus.

CT :  Avec votre perspective internationale, avez-vous trouvé qu’il y a des choses, côté business, qui rendent la Bretagne vraiment différente du reste de la France ?

AM :  Alors je ne sais pas si la Bretagne est différente du reste de la France, moi, je vends la Bretagne avec ses atouts. Est-ce que c’est de vrais atouts ressentis ou est-ce que c’et des vraies différences, ça je n’en sais rien mais en tous cas, la Bretagne c’est top. D’abord il y a une identité très forte mais qui n’est pas repliée sur elle-même ; on se tourne vers la mer, au-delà de leurs frontières…

Il y a la « glas » d’économie en Bretagne. Alors la « glas », c’est une couleur entre le gris-vert-bleu, qui n’existe nulle part ailleurs. Et nous Abyss Ingrédients, on s’inscrit complètement là-dedans, parce qu’on est la filière bleue ; les biotech marines donc les ressources marines, on est le vert aussi parce qu’on fait ça de façon durable ; on recycle des produits qui sont aujourd’hui très peu valorisés pour essayer d’en retirer des ingrédients qui sont hyper intéressants pour la santé. On est vert aussi parce que nos process d’extraction ne sont que des process d’hydraulique, donc c’est de l’extraction a l’eau donc pas de solvants, pas de chimique, pas de résidus et de choses comme ça, et puis le tout ça fait du silver, du gris ; c’est l’innovation, c’est la science, c’est la santé et c’est aussi le senior parce qu’on s’adresse aussi au senior.

Donc la Bretagne, oui, j’aime à croire qu’on est différents et que cette différence est une vraie valeur partout dans le monde pour nos clients. Et puis en Bretagne on a à la fois des bosseurs, on a à la fois des entrepreneurs, on a à la fois des scientifiques, on a à la fois des centres de recherche, on a des petites entreprises, on a des grosses entreprises, on a un réseau routier qui tient la route, on n’a pas trop de chômage… Je trouve qu’en Bretagne on a de la chance, il ne fait jamais trop chaud, il ne fait jamais trop froid, on a une côte incroyable, on a des fronts de mer superbes quel que soit l’endroit, dans les abers, ou que vous alliez du côté de Port Louis ou Saint-Malo, enfin, c’est top !

On a vraiment de la chance. Et moi j’aimerais bien porter ça avec Abyss.

CT : J’adore cette réponse. Donc j’ai juste une question finale ; j’ai vu que vous avez officialisé une levée de fonds récemment, félicitations ! Qu’est-ce que l’avenir réserve à Abyss Ingrédients ?

AM :  Alors, la levée de fonds, elle n’est, comme son nom l’indique, qu’un effet levier. Donc avec un levier, on va aller plus loin, plus haut ; donc on fait à la fois de la qualité et de la quantité. On va aller vers du mieux et on va aller plus vite. Mais concrètement ça veut dire : accélérer notre développement. Ce n’est pas une révolution, c’est une évolution qui nous permet d’être ambitieux et d’avoir les moyens de notre ambition. Notre ambition, c’est d’apporter des solutions santé prouvées scientifiquement. Et donc cette levée de fonds, c’est un partenaire qui croit en l’aventure Abyss, qui nous accompagne financièrement pour porter cette aventure, et – il ne faut pas se voiler la face – c’est pour créer de la valeur ; c’est à dire aujourd’hui l’entreprise vaut « x 1000 € », et on voudrait que dans 5 ans elle vaille beaucoup plus que ça.

La prochaine étape, c’est réussir à attirer des compétences pour partager ce projet et faire partie de l’équipe et du projet. Donc c’est embaucher des profiles scientifiques pour mener notre innovation, c’est d’embaucher un commercial pour aller voir nos clients, c’est embaucher une personne pour tout ce qui est opérations, renforcer les liens avec nos partenaires industriels, c’est ça l’étape dans les semaines qui viennent et puis ensuite qu’on satisfasse de plus en plus de clients et voilà.

Merci infiniment à Alexis Mehaignerie pour cet entretien.

Êtes-vous dirigeant d’une entreprise en Bretagne? Contactez-moi sur  claire@trevien.net ou par LinkedIn.

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Claire Trevien

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